Biographie
Dans ma vie d’avant, j’étais styliste…..
Vite, vite, toujours plus vite…… Car il s’agissait de penser la collection du moment, de terminer la précédente et de préparer la suivante. Pendant des années, j’ai été une coureuse de sprint, toujours essoufflée.
Et puis j’ai rencontré le patchwork et je suis tombée en amour.
Pour m’adonner à cet art j’ai tout réorganisé dans ma vie. Le moins que l’on puisse en dire est qu’il s’agit d’entrer dans un autre rythme. Une pause salvatrice car ce travail permet au temps de prendre son temps. J’ai suivi parallèlement une formation de broderie traditionnelle…
Et le bonheur est entré dans ma maison.
LéA

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Au doigt et à l’oeil
Un art entre le regard et la caresse
Un texte de Raphaëlle Laufer-Krygier
Le patchwork évoque dans nombre d’esprits un artisanat quelque peu obsessionnel, tant par la méticulosité de son exécution que le souci d’économie de bouts de tissus qu’il sous-entend. Il est l’artisanat du pauvre, de l’esclave, du paysan, mais aussi celui de la bonne mère de famille qui par ce travail fastidieux tente de transmettre à ses filles des valeurs telles que le refus de l’oisiveté, la patience, la précision et la parcimonie. L’embellissement de l’objet usuel courant est le propre de l’artisanat, qui n’existe que par ces deux dimensions : l’utile et l’agréable.
Que penser quand le patchwork dépasse sa fin utilitaire et devient un médium artistique ?
Car tel est bien notre propos. Léa Stansal est de ceux qui font basculer l’artisanat dans l’art.
Ses oeuvres ne se contentent pas de couvrir des lits, elles ornent les murs. Ses compositions, sont souvent proches de l’univers pictural.
L’espace s’y définit tantôt par juxtaposition bidimensionnelle, tantôt laisse entrevoir un univers surréaliste. Léa Stansal se laisse imprégner par les grands courants du XXe siècle, de l’univers onirique d’un Giorgio De Chirico à la truculence du pop art. Elle se frotte quotidiennement aux oeuvres de son mari, le peintre et sculpteur Pierre Dessons. Elle cite Roy Lichtenstein, Léonard de Vinci, François Boucher, à la manière d’un Andy Warhol, dans une totale réappropriation. Pourtant, ces univers la nourrissent bien plus qu’ils ne la façonnent. Elle reste hors catégorie, hors école. Elle ne se plie à aucun dogme, qu’il soit technique ou idéologique.
Léa Stansal utilise les symboles qui ont « fait » sa génération, et tant d’autres d’ailleurs. Le XXe siècle est celui de l’image, du slogan visuel, de l’affiche de cinéma, des placards publicitaires, des illustrés. Illustrés sont alors les chemisiers des jeunes filles, les jupes des dames, le linge de cuisine. Ces tissus, Léa Stansal les traque partout où on peut les trouver. Les marchés aux puces, les vide-greniers sont autant d’occasions de vivre cette recherche que l’on pourrait presque qualifier d’archéologie contemporaine. En citant ces étoffes dans ses oeuvres, elle leur donne une seconde vie, une part d’éternité.
A l’inverse d’une Pénélope, Léa répare, rassemble, raccommode le jour ce que le temps a défait la nuit. récupérant des survivances de chiffon, le coin d’un tablier de grand-mère tant trituré, caressé, froissé de tendresse, Léa prouve qu’elle n’a pas peur de l’usure.
Certains de ses tissus portent une cicatrice. Le petit trou ou la tâche d’encre ne sont pas perçus comme des défauts, bien au contraire, ils rendent une robe à fleurs unique, presque vivante. Léa Stansal plante des jardins d’étoffes. Ses fleurs n’hésitent pas à éclore en trois dimensions, à dépasser les limites de l’imprimé. Brodées de fils et de rubans, parsemées de perles en bouton lovées dans de jolies feuilles dentelées ou soutenues par de frêles tiges, les fleurs débordent de leur cadre comme la nature reprend possession d’une chaumière en ruine. Cette générosité, cette abondance créent des liens entre différentes parties de l’oeuvre, abattent des frontières. Une lettre se transforme en un jardin médiéval, proche de l’enluminure. Le muret qui l’entoure laisse parfois dépasser une rose qui aurait des envies d’ailleurs. Cette végétation si variée réveille les sens. À l’oeil s’ajoute le doigt qui parcourt les reliefs, effleure les velours chauds, suit les nervures tracées par le fil, découvre les contrastes de textures et de formes. C’est un art qui appelle à la caresse. Léa Stansal est une virtuose du stéréotype. L’iconographie de ses oeuvres s’articule autour des thématiques riches et variées, souvent proche de la narration. Trois empreintes culturelles fortes sont à la source de son inspiration ; les États-Unis, la France et le monde juif. Elle regarde ces mondes avec humour et amour, use des clichés les plus caricaturaux avec jubilation, flirte avec le kitch sans jamais tomber dans le mauvais goût. Ces images d’Amérique ou de France ressemblent étrangement aux vignettes que l’on découvrait dans les chocolats d’antan et que les gosses s’échangeaient dans les cours de récréation. En France, Léa Stansal nous promène sur les bords de la Seine, près de la tour Eiffel ou dans les couloirs du Louvre, où l’on se rend grâce à un plan du Métropolitain imprimé sur un torchon. Elle nous raconte aussi Charles Perrault, ses sous-bois, ses chaperons rouges et ses loups, les jeunes filles nobles sur une balançoire, les châteaux du XVIIIe siècle, la chasse à courre, la perdrix et la biche effarouchée.
Aux États-Unis, la biche devient Bambi. Les contes de fées retrouvent une jeunesse dans l’interprétation qu’en donne Walt Disney, créant ainsi un lien entre l’ancien et le nouveau continent. L’image de l’Amérique passe immanquablement par le cinéma et la bande dessinée. Hollywood, ses Far West, ses maîtresse de maison parfaites avec leur petit tablier, mais surtout le plus galvaudé de ses chefs d’oeuvre, Autant en emporte le vent, lui seront une source d’inspiration intarissable. Pour le monde juif, Clark Gable, privé de corps et barbu, devient le dieu d’Israël veillant sur des jeunes pionnières. Le Père Noël se transforme en rabbin et le maître d’école enseigne l’hébreu et la Bible à des enfants. Les calendriers rappellent que les juifs sont les bâtisseurs du Temps. Les lettres hébraïques témoignent de l’attachement de ce peuple au livre, à l’étude et à la transmission. En créant ces univers souvent hybrides, Léa Stansal tisse des liens entre les symboles devenus universels. Elle nous rappelle que l’Art est un patrimoine pour l’Humanité toute entière. Elle lance des ponts entre les pays, les cultures, les générations, les âges de notre vie. Tel un Picassiette, artiste qu’elle aime et qu’elle cite abondamment, Léa Stansal rassemble des petits bouts d’histoire, des éclats de vie, de nos vies. Elle fait fleurir nos mémoires.
Raphaëlle Laufer-Krygier






